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1998

Viento de Otoño

pour ensemble
Effectif détaillé
Pour 2 flûtes, hautbois, 2 clarinettes, basson, cor, trompette, trombone, tuba, percussions, piano, harpe, 2 violons, alto, violoncelle, contrebasse
Durée
20 h

Viento de Otoño, vent d'automne, un vent qui se métamorphose en recouvrant plusieurs aspects : pourtant il reste le vent et non les vents. L'énergie de ce vent-là est unique et multiple, comme une œuvre musicale peut être structurée en autant d'éléments, sans perdre son unicité d'œuvre. Le vent d'automne propose une alchimie de la rencontre : rencontre d'une énergie (le souffle), fournie par un des quatre éléments (l’air), et qui traverse la saison de l'équinoxe, saison de l'équilibre, du juste milieu de la course du soleil entre l'été et l'hiver. Un équilibre, une harmonie, dont José Manuel López López entend aiguiser son intuition. L'automne est la plus poétique, la plus « romantique » des saisons. Poètes, compositeurs, et artistes en général ressentent cette énergie de façon toute particulière, parfois conflictuelle, et aiment la concrétiser dans leur œuvre. Il n'est donc pas étonnant que la saison ait inspiré bien des poètes : nous, Français, pensons tout de suite à Verlaine (Chanson d'Automne) chez qui « les sanglots longs des violons » reflètent la parfaite musicalité poétique d’une transcendance illustrative de ce tableau de la nature. Pourtant ces réminiscences sont trop centrées sur notre propre culture. La nature et les sensations qu'elle inspire demeurent des données universelles. Les poètes japonais (Taigi, Shiki, Rasetsu, Buson...) ont eux aussi traduit cette émotion dans leur forme traditionnelle, le haïku : les mots et la structure du poème y forment l'objectivation de leur sensibilité. Séduit par cette représentation verbale, le compositeur a choisi de laisser ces textes guider son expérience esthétique et d'utiliser cette représentation pour, à son tour, transcender les inspirations de cette saison dans sa musique, par une sorte de mimesis située au-delà des cultures. Il ne s'agit pas de faire correspondre texte et musique dans une relation entre le sens et le son ; il s'agit plutôt de jeter des passerelles entre deux formes de représentation du « vent d'automne » : celle que traduisent les haïkus, et celle que peut exprimer cette musique, qui ne se dépare pas pour autant de sa personnalité.

Luc Rondeleux / Source : Ircam